Mathieu Richard, vice-champion du monde de Match Racing
Mathieu Richard, après avoir dominé le championnat du monde de match racing pendant 237 jours – soit l’intégralité de la saison - s’est incliné ce dimanche en Malaisie, le dernier jour de la dernière étape du championnat. Lors des matchs de classement, le Français a perdu son départ face à l’Italien Francesco Bruni qui ne lui a laissé aucune opportunité de revenir. Cette défaite, à elle seule ne suffisait pas à faire descendre les Bleus de leur position de leaders mais Ben Ainslie, en étrillant Björn Hansen en demi-finale, a terminé le travail. Sacré champion du monde, le Britannique a eu la victoire pudique. Il s’est déclaré « very happy » sans desserrer les mâchoires, déjà tendu vers la finale qui allait l’opposer au jeune Torvar Mirsky.
Lors du dernier match, face à Peter Gilmour, Mathieu a pris une pénalité pendant le départ et n’a jamais pu mettre l’Australien dans son tableau arrière. Il termine donc 8ème de la Monsoon Cup. En finale, Torvar Mirsky ne parvient pas à arrêter le bulldozer britannique qui s’impose par 3 à 2 et conforte le statut de vice-champion du monde que Mathieu atteint pour la deuxième fois de sa carrière. Pour mémoire, Ben Ainslie, 4 fois médaillé olympique, dont trois fois en or, comptait dans son équipage Ian Percy, double médaillé d’or. Le bateau britannique comptait donc pas moins de 6 médailles olympiques dont 5 en or…
Interview de Mathieu Richard :
« C’est une très grosse déception. On était là pour le titre et il nous échappe. On n’a pas fait une belle régate même si on a réussi à trouver les ressources pendant les Round Robins pour passer et éliminer Minoprio. Ensuite, nous avons eu du mal pendant un quart de finale décisif même si l’on s’est bien battus. Ben Ainslie était un gros morceau, c’est vrai mais quand on veut être champion du monde, il n’y a que des gros morceaux. En tout cas, ils n’aura pas raté son titre. Au final, on fait une saison superbe avec trois victoires et deux places de trois mais il y a eu des moments de creux, dont la Monsoon Cup. Dans une saison il y a des hauts et des bas, nous avons été très haut mais aussi bas à certains moments. La Monsoon Cup est tout le temps décisive pour le titre et il faut répondre présent. C’est très dur de faire un bilan à chaud. On en parlera dans les semaines à venir. En tous cas, on a bien envie de revenir l’année prochaine dès le Marseille International Match Race. »
Interview de Benjamin Bonnaud, entraîneur :
« Il y a eu une mise en route difficile pendant les Round Robins mais qui se termine bien face à Minoprio qui est un adversaire direct pour le titre. A ce moment là, ils ont montré qu’ils étaient présents sur un match charnière et c’était plutôt rassurant. Pour les quarts, nous avions discuté de cette confrontation avec Ben Ainslie que nous savions probable. On savait qu’il était fort sur les départs et qu’il serait vite agressif sur les phases de contact. Même si le résultat comptable n’est pas là, l’équipage a bien réussi à faire face. Ils n’ont pas été affectés par cette situation dure. Ainslie avait dans l’optique de mettre une pression forte mais ça n’a pas déstabilisé l’équipage. Ils sont sortis déçus mais sans trop de regrets. Le point positif est que l’équipage a pris en expérience. Ils réalisent tout de même un podium mondial, ce n’est pas rien ! »
La Monsoon Cup, un projet à 5 millions d’Euros
C’est une épreuve étonnante que cette Monsoon Cup. Perdue au fin fond de la Malaisie, à 400 kilomètres à vol d’oiseau – beaucoup plus par la route – de la capitale Kuala Lumpur. Elle se dispute sur les eaux boueuses de la Pulau Duong, rivière locale où les alligators, comme chez eux, viennent parfois s’aventurer jusqu’aux pontons. A quelques brassées de la mer de Chine et des paysages magnifiques qui attirent les touristes du monde entier, les régates se déroulent sous les yeux curieux d’une population locale qui découvre la voile entre les appels à la prière du muezzin. Dans cette enclave occidentale que représente la marina, l’organisation anglo-malaisienne n’a rien à envier aux plus grands événements sportifs. Tout est fait pour le show et ce sont pas moins de 19 caméras qui permettent de suivre le direct sous tous ses angles. Sur les matchs importants, un commentateur est embarqué à bord des bateaux. Equipé d’une caméra et de micro, il permet de suivre les rencontres au plus près et une version 3D de la course complète le spectacle, le tout étant diffusé, en direct et en streaming sur internet. Au total, cette épreuve initiée par Peter Gilmour réunit pas moins de 700 personnes, professionnels ou volontaires.
« Le budget global est de 20 millions de Ringgit (5 millions d’Euros env.) » annonce un membre de l’imposante équipe de communication, avant de nuancer en précisant que ce budget va au-delà de l’épreuve proprement dite. « C’est un budget qui couvre le fonctionnement sur l’année, avec notamment deux régates de promotion, plus petites, et une semaine d’apprentissage de la voile pour les enfants sur place. » Pendant cette semaine d’école de voile, les jeunes apprennent de la bouche des meilleurs puisque Torvar Mirsky ou la double médaillée d’or Shirley Robertson sont notamment venus transmettre leur savoir. James O’Tool, qui reçoit dans l’un des bungalos cinq étoiles du Ri-yaz Heritage Hotel, est le grand patron du circuit et compte bien capitaliser sur cette Monsoon. C’est en effet sur ce modèle d’épreuve « parfaite » qu’il veut développer le Tour. D’ici 5 à 6 ans, O’Toole souhaite mettre six nouvelles épreuves au calendrier avec une prédilection pour l’Asie, marché émergeant de la course à la voile.
Classement définitif de la Monsoon Cup :
1. GBR Ben Ainslie
2. AUS Torvar Mirsky
3. DEN Jesper Radich
4. SWE Björn Hansen
5. GBR Ian Williams
6. ITA Francesco Bruni
7. FRA Peter Gilmour
8. FRA Mathieu Richard
Classement définitif 2010 ISAF World Match Racing Tour
(a l'issue de la 9eme étape)
1. Ben Ainslie (GBR) TEAMORIGIN 126 Points
2. Mathieu Richard (FRA) French Match Racing Team 111 Points
3. Torvar Mirsky (AUS) Mirsky Racing Team 106 Points
4. Adam Minoprio (NZL) ETNZ/BlackMatch Racing 90 Points
5. Ian Williams (GBR) Team GAC Pindar sponsored by Argo Group 87 Points
6. Jesper Radich (DEN) Radich Racing Team 82 Points
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