PRB en route vers le canal de Beagle : une histoire de mer et d'amitié
Depuis hier soir, 19 heures (HF), PRB a repris sa route vers le Horn. Rien d’anormal pour un monocoque du Vendée Globe si ce n’est que celui-ci emmène désormais deux marins. A les voir en visioconférence au PC Course ce midi, on aura compris que Vincent Riou et Jean le Cam ne forment pas seulement un couple sauveteur/sauvé. Ces deux là font la paire : c’est palpable même dans les images déformées de la visioconférence ou dans leurs mines réjouies telles que saisies par une photographie envoyée par les ondes satellitaires. Une véritable complicité unit depuis quatre ans les deux ténors du dernier Vendée Globe. Leur amitié est née d’ailleurs de leur concurrence respectueuse dans cette course. Elle s’est amplifiée par la suite comme en témoignait Jean le Cam avant le départ à l’occasion d’une interview réalisée pour notre dossier de presse : « Avant le Vendée Globe (2004/05), je ne connaissais pas Vincent. L’avoir disputé ensemble nous a rapprochés et depuis je crois qu’il n’y a pas eu une semaine où nous ne nous sommes pas vus ! Nous sommes au bureau de la Classe IMOCA ensemble, nous sommes voisins de « palier » au chantier CDK (…). Nous avons gagné dans ce duel le respect de l’autre. Oui, je crois pouvoir dire que nous nous respectons ». On peut parier sans risque que cette 6ème édition du Vendée Globe aura réuni un peu plus ces deux finistériens.
Et cette histoire va sans doute poser un jalon supplémentaire sur la carte du tendre du Vendée Globe et de la saga maritime des PRB : car c’est avec Isabelle Autissier que Jean et Vincent ont rendez-vous à l’entrée Est du Canal de Beagle. Avec cinq de ses amis, la navigatrice, anciennement skipper de PRB (de 1995 à 1999), devait en effet rallier l’Antarctique depuis la Terre de Feu à bord de son voilier Ada 2. On sait que depuis plusieurs années, Isabelle entreprend des expéditions dans le Grand Sud sur ce robuste voilier en acier de 15 mètres : l’Antarctique il y a deux ans avec Erik Orsenna, la Géorgie du sud l’hiver dernier avec une équipe de montagnards emmenée par Lionel Daudet. Or cette année, Isabelle, partie rejoindre la Patagonie juste après avoir assisté au départ du Vendée Globe sur la vedette de Jacques Laurent, fondateur de PRB, a été bloquée dans le Canal de Beagle par les tempêtes incessantes et les glaces. Plusieurs marins du Vendée Globe échangeaient d’ailleurs depuis quelques jours par mail avec elle. Dont Vincent Riou. Dès hier nous rentrions donc en contact avec Ada 2 pour signaler le naufrage puis l’heureux dénouement. Très vite est née l’idée qu’Isabelle pouvait servir de relai voir probablement d’accueil à Jean le Cam. En tous les cas, les deux bateaux ont bien rendez-vous ce soir à l’entrée de ce goulet qui par endroit ne mesure qu’un demi-mille. Une précaution utile si le monocoque au gréement blessé doit s’y aventurer contre les vents. Vincent envisage en effet de rejoindre le port d’Ushuaia distant de 80 milles de l’entrée Est du Canal. L’exercice n’est pas dénué de risque dans une région balayée par les vents forts qui plus est avec un monocoque de 60 pieds dont le moteur est en panne. On comprend pour le moins que les connaissances d’Isabelle pourront être utiles. En cas, probable, d’arrivée de nuit, Vincent a de toute façon prévu de mouiller à l’entrée de Beagle pour attendre le jour.
Pendant que le monocoque faisait route à vitesse réduite poussé par un vent de sud-ouest de 20/25 nœuds, Vincent a également entrepris des démarches vis-à-vis de la direction de course et du Jury International présidé par Bernard Bonneau. Vincent y exprime son vœu de rester en course et demande de quelle réparation, vu les circonstances exceptionnelles de son avarie, il peut bénéficier afin de lui permettre de finir classé. Aucune réponse officielle n’a pour le moment été donnée. Quoi qu’il en soit, Vincent fera tout ce qui est possible pour rentrer aux Sables d’Olonne afin, dit-il, « d’honorer mon contrat avec mon sponsor et tous ceux qui m’ont fait confiance ». On pourrait y ajouter les centaines de personnes, des plus anonymes au Secrétaire d’Etat Bernard Laporte (il a tenu à appeler cet après-midi les deux hommes), qui, depuis hier, disent par mail leur admiration à celui qui pour reprendre les propos de l’un d’entre eux « a déjà gagné (ainsi) son 2ème Vendée Globe ».
Selon les réponses qu’il obtiendra d’ici demain matin, Vincent décidera s’il rejoint finalement un mouillage à Ushuaia pour récupérer vendredi des pièces de rechanges (câbles de gréement et outrigger de rechange) amenées de France par son équipe. Une chose est sûre, il veut boucler son tour du monde.
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