J+26 : Au sud de l'Afrique australe, Loïck Peyron remet la main sur le Vendée Globe.
A l'approche du cap de Bonne-Espérance, Loïck Peyron a repris les rênes de la course grâce à une option au nord de ses adversaires. La météo toujours aussi instable continue de jouer les trouble-fêtes. Quelques heures après des surfs à 30 nœuds, une partie des leaders se traînait entre 3 et 5 nœuds dans une bulle sans vent. Terrible pour les nerfs…
Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 17628 milles de l'arrivée
2- Sébastien Josse (BT) à 44,9 milles du premier
3- Yann Eliès (Generali) à 58,2 milles
4- Armel Le Cléac'h (Brit Air) à 68 milles
5- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 87,8 milles
Les premiers étrangers
8- Mike Golding (Ecover) à 128 milles
12- Dominique Wavre (Temenos) à 260 milles
13- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 445 milles
Dans un tour du monde par les trois caps (Bonne-Espérance, Leeuwin et le célèbre Horn), le passage du premier cap marque l'entrée dans l'Océan Indien. L'océan le plus redouté au monde pour la violence de ses éléments. Pas de photo souvenir au passage de ce cap qu'ils laisseront cette nuit (ou demain matin) à près de 500 milles dans leur nord (l'équivalent d'un Paris-Perpignan). C'est donc un passage symbolique qui confirme aux solitaires - au cas où ils en douteraient - qu'ils sont véritablement entrés dans les mers du sud et les 40es Rugissants. Albatros, ciel gris et grands surfs endiablés ponctuent désormais le quotidien des marins. A la vacation du jour, nombre d'entre eux racontaient des surfs aux alentours de 30 nœuds ! Des vitesses hallucinantes pour des monocoques ! Bienvenue dans le Grand Sud… Si ce n'est quelques îles éparses et inhospitalières, la prochaine terre s'appelle l'Australie, à plus de 4500 milles au loin.
Peyron, le retour
Jeudi soir, Sébastien Josse (BT) menait la course, avant de céder les rênes à Yann Eliès (Generali, 7e leader différent) à 5h ce matin, puis à Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 11h. C'est le 20e changement de leader depuis le départ en 26 jours de course ! Peyron, qui n'a quasiment jamais quitté le trio de tête, a profité de son décalage au nord de ses adversaires pour s'échapper pendant que la plupart d'entre eux étaient fortement ralentis par une bulle sans vent. Toute la journée, les vitesses disparates traduisaient l'instabilité des conditions météo. 15 nœuds pour les uns (Peyron, Le Cléac'h) et 3 à 5 nœuds pour les autres (Dick, Le Cam, Jourdain, Golding, Eliès) au pointage de 11h. Cinq heures plus tard, le trio de tête était ralenti à 8 nœuds tandis que leurs poursuivants redémarraient entre 9 et 14 nœuds. La faute à une bulle anticyclonique venue semer le trouble sur le groupe de tête. Inévitablement, avec des écarts aussi serrés depuis le début, les classements s'en ressentent immédiatement. Mais pas de quoi inquiéter les navigateurs du Vendée Globe qui savent que cette régate au contact est loin d'être finie.
Un rythme d'enfer
Si les premiers impriment un rythme élevé à la course, le peloton et les retardataires ne sont pas en reste. 22e, Jean-Baptiste Dejeanty (Groupe Maisonneuve), qui aura ce soir doublé son 4e adversaire depuis son retour en course, était une nouvelle fois le plus rapide sur 24 heures, juste devant Derek Hatfield (Algimous Spirit of Canada), 23e. Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) a pour sa part doublé Dee Caffari (Aviva) et pointe désormais en 15e position.
Voix du large…
Yann Eliès (Generali), 3e à 58,2 milles : « J'étais un peu dans le fond de la vague ce matin. Ça va mieux maintenant que j'ai bien dormi. Je vais me faire des pâtes et relancer le bateau car je n'ai qu'un ris (dans la grand-voile, ndlr) et Solent alors que le vent est tombé à 15 nœuds. Il faut renvoyer de la toile. Hier soir, c'était un peu sport. On a passé un plateau avec une grosse mer. C'est là que j'ai vu Jojo (Josse, ndlr) 3 milles devant. »
Armel Le Cléac'h (Brit Air), 4e à 68 milles : « Ça va bien après une nuit agitée. Ça fait du bien de retrouver un peu de calme. Le nouveau record du bateau est un surf à 29,90 nœuds ! C'est très impressionnant. Faut faire attention à la sortie de route. Ça avance toujours bien, c'est gris, c'est le grand sud. Le ciel ne va plus beaucoup changer et la mer est toujours dans tous les sens. Il y a une belle bagarre sur l'eau, c'est excitant. »
Vincent Riou (PRB), 6e à 123,2 milles : « Je suis toujours un peu convalescent, en stand-by pour soigner mon pied. Je souffre depuis deux jours (suite à une chute, ndlr). Un choc a entraîné une grosse inflammation du tendon d'Achille et de la voûte plantaire. Ce n'est pas facile de tenir debout, surtout dans les conditions qu'on a eues. L'inflammation est assez importante. Si je ne laisse pas mon pied se reposer, je vais traîner ça longtemps. Là, ça avance doucement dans la bulle. Ça devrait redémarrer tranquillement la nuit prochaine. J'avance à 6-7 nœuds avec autant de vent. Je vais vers le sud pour passer de l'autre côté de la petite bulle. »
Jean Le Cam (VM Matériaux), 7e à 127,3 milles : « On est dans une petite bulle anticyclonique. On attend la bascule et que ça reparte. Ça ne va pas durer très longtemps. Hier, j'ai fait une pointe à 28 nœuds, ce n'est pas courant ! Mieux vaut être sous pilote. Au moins, tu ne vois pas ce qu'il se passe, sinon, t'aurais peur ! J'ai croisé Bilou (Roland Jourdain), du coup, la nuit dernière j'ai mis le radar et l'alarme. Ce serait idiot de se rentrer dedans. Ça devient monnaie courante de se croiser et de se voir… »
Roland Jourdain (Veolia Environnement), 9e à 128,1 milles : « C'est plus que mou après une nuit musclée. Je suis à l'endroit où je ne voulais pas être ! Heureusement, la ligne d'arrivée n'est pas pour demain. Et ça laisse le temps de réfléchir sur la suite pour la prochaine offensive. Hier, c'était une grande belle journée du grand sud. Des grands surfs, des plantés de bâtons et des albatros… »
Jean-Baptiste Dejeanty (Groupe Maisonneuve), 22e à 1349 milles : « J'ai fait un surf à plus de 30 nœuds ! Du délire ! C'est impressionnant ! C'est comme si toutes les turbines d'un avion de chasse se mettaient en route en même temps. C'est assez violent en fin de surf. Il y a des citernes d'eau sur le pont, qui est submergé par les vagues. Depuis que j'ai doublé des bateaux, je suis enfin rentré dans la course. Je prends les positions de tout le monde et fais tourner les logiciels de routage. »
Le mot du tour…
Bout-dehors : sorte de tangon rigide fixé à l'étrave du bateau (partie avant) pour amurer (fixer) les voiles de portant telles que les gennakers et spinnakers. Pour résister aux efforts de traction des voiles, les bouts-dehors sont retenus vers le bas de l'étrave par des sous-barbes en cordage.
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