A La Palma ce soir...
Ce lundi, les duos de la Transat AG2R LA MONDIALE poursuivent leur descente expresse en direction des Canaries. Lancés à plus de 10 nœuds de moyenne, la tête de la flotte - toujours emmenée par Romain Attanasio et Samantha Davies (Savéol) - devrait franchir la marque de parcours obligatoire à La Palma ce soir, aux alentours de 23 heures, heure française.
« Sportives, humides mais sympathiques », c’est ainsi que Thomas Rouxel (Crédit Mutuel de Bretagne) décrit les conditions que lui et ses concurrents rencontrent depuis maintenant plusieurs heures. Et pour cause, le vent, qui a soufflé jusqu’à 35 nœuds la nuit dernière, avoisine toujours les 20-25 nœuds ce lundi tandis que la mer est relativement formée. Certes, ça glisse et ça glisse vite mais les organismes et les montures sont lourdement sollicités, comme en témoigne Jean-Paul Mouren (Groupe SNEF), tenant du titre et doyen de la course : « La navigation est violente, les tensions sont fortes. A tout moment, nous pouvons casser. Nous gérons le matos sur la distance, en particulier les voiles qui sont mises à rude épreuve ». La vigilance et la concentration sont donc maximales à bord des Figaro Bénéteau. A la barre mais pas seulement. « Le bateau tape, on est mouillé. C’est difficile de manger et de se reposer. Dans la bannette, on reste en ciré et en bottes au cas où il faille sauter sur le pont. On s’éclate bien mais il faut être prudent » a indiqué Thomas Rouxel. Ce dernier sait de quoi il parle. Avec Nicolas Troussel, il a parcouru 298,9 milles ( ! ) entre 24 heures, entre 15 heures hier et 15 heures aujourd’hui, améliorant ainsi la performance de Benoit Petit et Thierry Chabagny réalisée lors de la Transat AG2R LA MONDIALE en 2004 (275 milles). Total, il pointe désormais à 57 milles des leaders, Romain Attanasio et Sam Davies, et à une quarantaine de milles du petit groupe formé par Armel Le Cleac ‘h et Fabien Delahaye (Brit Air), Jeanne Grégoire et Gérald Veniard (Banque Populaire) puis Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle Vert). Ceux-là cravachent fort et reviennent petit à petit sur Savéol.
Groupe Bel se déroute vers Tenerife
« Nous bossons dur pour revenir au contact et c’est stimulant d’être avec d’autres bateaux bord à bord. Ca booste pour aller manger les tomates » s’amusait Gildas Morvan à la vacation, ce midi, peu avant que Kito de Pavant et Sébastien Audigane avec lesquels il naviguait également à vue depuis 36 heures, informent la direction de course d’une avarie. En effet, peu après 13 heures, le tandem de Groupe Bel, qui naviguait sous spi et pointait en 5e position, a violement percuté une baleine. Dans le choc, le safran tribord s’est totalement plié. « Je l’ai vue au dernier moment. Elle faisait la longueur du bateau. J’ai voulu l’éviter mais elle a pris peur et lorsqu’elle a plongé, elle a donné un coup de queue ou de nageoire dans le safran. Notre appendice est complètement tordu. C’est malheureux » a déclaré Kito de Pavant, peu après l’accident. Lui et son co-équipier se déroutent actuellement vers l’île de Tenerife qu’ils devraient atteindre d’ici une dizaine d’heures. Une fois à terre, et après évaluation des dégâts avec leur équipe technique, les deux hommes prendront la décision de repartir ou non. Le reste de la flotte, lui, devrait franchir la marque de parcours obligatoire située à 10 milles au nord de La Palma la nuit prochaine. Les premiers devraient s’y présenter aux alentours de 23 heures, heure française.
Trophée de la performance du jour AG2R LA MONDIALE :
Le Trophée de la performance du jour AG2R LA MONDIALE est attribué à Crédit Mutuel de Bretagne. Nicolas Troussel et Thomas Rouxel ont parcouru 293,8 milles en 24 heures.
Ils ont dit :
Thomas Rouxel, skipper de Crédit Mutuel de Bretagne : « Là, ça s’est calmé un peu mais on a eu une nuit assez mouvementé et c’était dur : entre 25 et 35 nœuds sous spi au largue serré. Quand on a vu les classements avec notre vitesse, on était content. A mon avis, le pointage va rester à peu de chose prés celui-là au passage de la porte des Canaries. On sera à la 6e ou la 7e place avec 65 miles de retard donc c’est toujours mieux que les premier jours … Quand on est parti sur cette option on pensait arriver un peu mieux que ça, mais c’est le jeu ! Selon les routages, on risque de passer de nuit a la Palma, il va sûrement se passer quelque chose un niveau du vent, car au passage d’une île, il y a toujours des bouleversements. Il y aura aussi un resserrement de flotte, donc on verra peut être nos adversaires, ça pourrait être sympa ! »
Adrien Hardy, skipper de Agir Recouvrement : « Ca va très bien ! On essaye de garder le moral, de trouver les choses positives car on n’est pas très content du classement. Après sur l’eau, ça se passe super bien, on navigue entre 12 et 18 nœuds, on s’éclate ! Il y a un bateau pas loin, l’objectif c’est de le dépasser, c’est motivant. A deux on se fait plaisir, on fait des belles bagarres avec les copains et on essaye des configurations différentes. On va arriver aux Canaries demain matin vers 6h et à partir de là remettre les compteurs à zéro, comme si on partait sur une nouvelle course. Il faut s’accrocher on a encore pas mal de route à faire. Au vu de notre option, on va jouer un peu plus pour remonter ! »
Gildas Morvan, skipper de Cercle Vert : « Cette nuit on a eu pas mal de vagues, pas mal de vent, jusqu’à 34 nœuds … ça allait super vite avec une belle lune et les bateaux à coté. Le temps est agréable, ca glisse vite sous spi, et depuis ce matin on a un grand soleil et 20 nœuds de vent. On est toujours bord à bord avec Brit Air et Banque Populaire ! Je me suis amusé à déconcentrer les adversaires : je les appelle sur VHF, et je leur parle mais ils se sont aperçus de la supercherie ! C’est sympa de pas être trop loin, on discute deux minutes par jours c’est rigolo ! En arrivant à la Palma, le vent va mollir. Si on a 10 milles de retard, ce n’est pas grand-chose, à quatre mousquetaires, on devrait arriver à en manger les tomates ! »
Samantha Davies, co-skipper de Savéol : « On a passé une belle nuit, c’était sympa. Le vent est rentré, ça a refusé un peu et là ça adonne. La mer est plus confortable, au milieu de la nuit c’était un peu casse gueule. Là, ça devient sympa. C’est très satisfaisant, on a beaucoup de travail, mais on est devant ! On est à fond mais après ca va être plus dur car la flotte sera assez groupé ! On arrive à se reposer, mais ca dépend des moments. Cette nuit, on a changé de spi pour quelques heures et dans ce cas on est deux. Une fois dans la bannette moi je dors super bien ! Mais préparer à manger, c’est dur… »
Laurent Pellecuer, co-skipper de Luisina : « C’est épuisant, on n’a pas envie de déchirer le spi, et à l’intérieur n’on arrive pas à dormir comme on veut. On pourrait tomber de la bannette a cause des à coups du barreur. Mais on avance au moins et comme ça on arrivera pas trop tard à Saint-Barth. On avance tout droit, à fond les ballons, et les opportunités ne sont pas à l’ordre du jour et c’set dommage! On n’a pas encore analysé la météo en Atlantique… On était déçu qu’à droite et à gauche ils aient eu un passage plus efficace, alors que nous c’était laborieux … ça nous a échaudé mais on ne peut rien faire n’autre ! »
Jean-Paul Mouren, skipper de Groupe SNEF : « On est relégué derrière par ma faute car on a mal géré au large du Portugal … On subit depuis quelques temps notre prise de position. Cela dit il y a du vent donc ça va aller vite. C’est quand même dur de barrer donc on se relaie souvent. On peut facilement partir au tas ! La traversée commence à prendre son plein. La navigation est plus violente, les tensions sont fortes, on peut casser. Donc on gère le matos dans la distance, faut ménager la monture tout en cravachant : il faut veiller ! Paul est à fond ! On se régale : il est joyeux, content et pour lui c’est une sacrée expérience. »
|