A plate couture !
Magistral, Nicolas Troussel a franchi la ligne d’arrivée de la première étape de la Solitaire en grand vainqueur, aujourd’hui à 15 heures 50 minutes et 46 secondes. Bien que réservé, Le skipper de Financo ne cachait pas ses ambitions au départ de La Rochelle, et, malgré une étape sur laquelle le vent était aux abonnés absents, il a su conserver intacte cette belle motivation. Après une Transat AG2R époustouflante (il a mené la flotte pendant deux semaines), au-delà de son talent et de sa pugnacité le champion de France en titre confirme ici qu’il est un stratège météo hors pair. Alors qu’il passait la ligne, son poursuivant direct (Fred Duthil) était encore à 30 milles de cette dernière…
La course à l’échalote
La Rochelle, vendredi dernier, 13 heures. Le Comité a bien du mal à lancer le départ de la 39ème Solitaire du Figaro. Le vent se fait désirer une grosse heure et quand il daigne enfin se lever, c’est pour jouer les timides. Pour les 50 skippers de la Solitaire, le ton est donné, il va leur falloir s’armer d’une persévérance inouïe pour gagner l’Espagne.
La première nuit s’étire en longueur, mettant à mal les nerfs des plus impatients. Samedi, ce sont des grains orageux, souvent chargés de pluie qui se chargent de distribuer, un peu au hasard, les cartes d’un jeu sérieusement troublé. Dans cet océan d’incertitude où la recherche du vent ressemble à une course à l’échalote, en soirée, Financo prend la poudre d’escampette et les commandes de la flotte. Et, petit à petit, la fragile domination de Nicolas Troussel devient de plus en plus inébranlable. « Il faudra savoir tirer les bons bords » disait-il peu avant le départ. « J’ai dû tirer les bons bords » lâchait-il alors, comme pour s’excuser, à la vacation. Pas seulement, évidemment, il lui aura fallu aussi une sacrée dose de lucidité, de concentration et de patience pour être « au bon endroit, au bon moment ».
Troussel, inexorablement
Hier après midi, quand, faute de vent, la direction de course décide de réduire le parcours de 130 milles, en installant une ligne d’arrivée aux abords du cap Ortegal, devant le port galicien de Carino, les choses avaient encore évolué sur le plan d’eau. Comme dans un film au ralenti, alors que le golfe de Gascogne se prend pour un lac suisse, le skipper de Financo peut commencer à rêver de victoire. Il possède une dizaine de milles d’avance sur son poursuivant direct, Région Midi Pyrénées. Le champion de France en titre a démarré, sous spi, tout doucement, mais il creuse. Et, au classement de ce matin à 4 heures 30, avec 21 milles d’avance, plus rien ne semble lui résister, il s’envole... A 8 heures 30, il a encore grappillé quatre milles et toujours un peu plus au classement de 11 heures, Duthil est 30 milles derrière à 15 heures... ça ne s’arrêtera plus, jusqu’à la ligne. Les riches s’enrichissent et il est tout seul, devant.
Les conditions météo ont brutalement changé au large des Asturies, la flotte naviguait ce matin dans 25 nœuds au près et la mer était formée. Ça tapait, ça mouillait, le changement d’ambiance était radical, mais, n’altérait en rien le moral de Nicolas Troussel. A une poignée de milles de la ligne et de la victoire, le champion de France de course au large faisait une fois encore la démonstration de sa ‘force tranquille’ même s’il reconnaissait être ‘crevé’: «J’essaie de finir en gardant un maximum d’avance, pour mettre le plus de temps possible aux autres bateaux. Je m’applique pour finir calmement ».
Final dans la brise
C’est au près, en tirant des bords dans des conditions musclées que Financo est entré en baie de Santa Marta vers la ligne d’arrivée mouillée à l’est du Cap Ortegal. A 15h50 minutes et 46 secondes, Nicolas Troussel remportait la première étape de la 39e Solitaire du Figaro après 73 heures 31 minutes et 46 secondes de course à la vitesse moyenne de 4,35 nœuds sur une distance de 320 milles. «Comme je suis sorti le premier de la zone de pétole, ensuite, je n’ai fait que gagner des milles, presque naturellement ; ça se joue à pas grand chose, j’étais vigilant, j’ai peu dormi, en fait.» ça paraît simple, comme ça.
Le plancher des vaches n’est pas pour tout de suite, en effet, c’est le port de Vigo que doivent rallier les concurrents, au moteur, après le passage de ligne, soit encore quelques heures à passer en mer. Ce contretemps n’a pas affecté le vainqueur : « on va pouvoir récupérer un peu pendant ce convoyage ». Derrière, les écarts risquent d’être importants, en effet, Fred Duthil et Christian Bos sont à la bagarre pour la deuxième marche du podium, mais à 30 milles de la ligne… « Même si les écarts sont importants, ce n’est pas joué, les étapes à venir sont de gros morceaux ».
|