Un long fleuve pas si tranquille…
Le Saint-Laurent n'a pas fait mentir sa réputation, ni manqué de servir des conditions pour le moins complexes aux 28 équipages de la 7ème Québec-Saint Malo. Partie dimanche et après 24 heures de course, la flotte des Class 40, des multicoques 50 pieds Open et des monocoques Fico bataille actuellement au louvoyage dans les méandres fluviaux. Les voiliers progressent dans des airs contraires et au gré des marées et des forts courants qui sévissent entre Québec et l'estuaire du fleuve que les premiers devraient rejoindre dans la nuit prochaine. Mais gare surtout au brouillard, aux bancs de sable et nombreux cailloux qui jalonnent ce parcours et intensifient le début de cette transatlantique disputé sur le mode de la régate au contact. La flotte déplore déjà un abandon : celui du Class 40 Entreprises Lorraines, skippé par Patrice Carpentier. Le Pogo 40 a talonné et déplore des dégâts au niveau de la quille.
La Roche Veillon se situe en face de Saint-Jean-Port-Joli, aux abords des hauts fonds de l'Ile-aux-Coudres. Un cadre aux noms envoûtants qui n'a pourtant pas fait le bonheur d'Entreprises Lorraines . Le voilier a touché et s'est arrêté. Patrice Carpentier et son équipage ont dû prendre la douloureuse décision de faire demi-tour pour rejoindre le port de Québec. Un triste sort qu'a failli connaître le leader des Class 40, Novedia Group. En début d'après-midi, le chef de file incontesté de cette catégorie, plus au nord et plus en aval s'est également échoué. Heureusement, plus de peur que de mal pour Tanguy De Lamotte et les siens qui ont touché du sable et attendent actuellement que la marée remonte sur la côte Ouest de L'Ile Blanche pour reprendre le chemin de la course.
Pogo Structures, 1er Class 40 – Crêpes Whaou ! ouvre la marcheDans cette histoire, le plan Rogers Yacht Design a dû céder les commandes. En tête des 40 pieds, place désormais au Pogo Structures d'Halvard Mabire, qui a tracé son sillon dans le chenal sud au passage de l'Ile-aux-Lièvres située en plein milieu du parcours vers la marque de Rimouski. Les écarts restent très serrés entre les premiers de la classe qui jouent de tous les coups tactiques pour rejoindre le golfe de Saint Laurent dans un flux de Nord-Nord Est forcissant de 17 à 20 nœuds. Aux avant-postes, les 5 premiers des plus petits monocoques se tiennent toujours en moins de 6 milles. Télécom Italia (Giovanni Soldini), Mistral Loisirs (Oliver Krauss), Novedia Group (Tanguy De Lamotte) et Prévoir Vie (Benoît Parneaudeau) sont désormais lâchés aux trousses du leader toutes catégories confondues : l'incontournable Crêpes Whaou ! skippé par Franck-Yves Escoffier...
Prudence et vigilance
En tête, tandis que l'espace fluvial s'élargit en approche de l'estuaire, le grand favori de la course tire le meilleur de son trimaran rouge. Pointés à 15h à 30 milles de la marque de Rimouski, le malouin et son équipage affichent alors plus de 25 milles sur ses concurrents de classe 50 Open, 27 milles sur le premier Class 40 et surtout près de 40 milles sur le monocoque de 60 pieds Cervin ENR. Yannick Bestaven et son équipage, compte tenu de leur fort tirant d'eau, doivent en effet redoubler de vigilance dans les eaux troubles et périlleuses du Saint Laurent. Même topo pour les grands monocoques de la catégorie Fico (An Ocean of Smiles, Port Québec et Saint Malo Team) qui ne doivent pas ménager leur peine sur ces 150 premiers milles en milieu fluvial. La pointe de Rimouski parée, tous pourront progresser dans un univers plus propice aux grandes manœuvres. De Rimouski à Percé en approche de Saint Pierre et Miquelon, il restera alors 200 milles environ avant de rejoindre les grandes espaces océaniques...Avant la traversée, la régate...
« Je crois que les marins s'amusent bien et en profitent, même s'ils doivent rester sur leurs gardes», confie Jean-Claude Maltais, Directeur de Course. Et de poursuivre : « Ils sont contents de régater comme sur une course d'un ou deux jours avant la grande traversée. Ils savaient qu'ils n'allaient pas trop dormir dans les premiers milles. Ils font beaucoup de manœuvres et je crois que les équipages les plus nombreux sont avantagés. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de surprises : ce début de course se révèle très tactique. » En somme, chose promise, chose due. Et le fleuve Saint Laurent le rend bien aux 27 équipages encore en course. En tout cas, aucun ne boude son plaisir de progresser au rythme de ses paysages aussi ensorceleurs qu'enchanteurs...
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