24e édition de la Pierra Menta : paroles de coureurs
Du jeudi 12 au dimanche 15 mars 2009, la plus belle et la plus renommée des courses de ski alpinisme « la Pierra Menta » verra s’élancer, quatre jours durant, près de 320 athlètes et amateurs sur les terres d’Arêches-Beaufort, en Savoie. Cette course n’est pas qu’une grande épreuve sportive internationale. Elle est aussi une histoire d’hommes où se mêlent partage, passion, courage et humilité. L’année dernière, alexandre Pellicier et denis delobel ont participé à cette course mythique.
L’un est montagnard et membre de l’équipe de France de ski-alpinisme, l’autre est Parisien et amateur. Tout les sépare, sauf leur passion de la montagne et le bonheur de participer à cette course.
En mars 2008, ils ont chacun écrit leur propre histoire.
Aujourd’hui, ils racontent leur Pierra Menta…
La Pierra Menta vue par Alexandre Pellicier, membre de l’équipe de France de ski-alpinisme et 5e de la Pierra Menta 2008 avec Ola Berger (Norvège).
Pierra Menta 2008.
L’histoire commence mal. Début mars, Yannick Buffet – ma « moitié » – blessé aux côtes, est contraint au repos forcé. Je suis sans co-équipier et sans grand espoir d’en retrouver un, à 3 jours de mon pèlerinage annuel. A part peut-être ce Norvégien incroyable, ce Ola Berger, qui m’a mis la tannée à la Vertical Race des mondiaux… Un coup de fil et un « I’m in » plus tard, l’affaire est dans le sac et le dossard sur la cuisse : l’équipe sera franco-norvégienne.
Jeudi 13 mars 2008 - 4h45 : peu de coureurs me contrediront, il est rare de passer une nuit tranquille une veille de Pierra Menta. Courez avec un scandinave, la nuit agitée devient un calvaire… L’initiation à la culture norvégienne se fait dans le froid et la douleur : le Norvégien dort sans chauffage, sans couverture et la fenêtre grande ouverte. La délivrance du réveil sonne l’heure du grand moment de solitude du Pierra Mentiste, seul face à son bol de thé et son gâteau énergétique, 2h30 avant l’heure H.
6h00 : Mr Freeze dort encore, niveau délai de digestion j’ai déjà vu mieux. Je le sors du lit, puis je le regarde manger du brie et du jambon trempés dans un bol de flocons d’avoine avec du lait… Il semblerait que la diététique soit à la Norvège ce que l’écologie est aux Américains.
7h30 : le départ est donné, 200 équipes de folles et fous furieux s’élancent dans la montée. Exit le stress et vogue la galère… 200 couples passionnés de montagne et chasseurs d’adrénaline, 200 duos de masomasochistes en collant lycra, unis pour le meilleur et pour le pire dans un mariage éphémère, qui les mènera 4 jours plus tard derrière une assiette de diots-polenta les pieds couverts d’ampoules… 4 jours de souffrance et de bonheur, d’arêtes superbes et de montées interminables, de petites galères et de grandes victoires (et parfois le contraire). Au milieu de tout ça, un Norvégien et un Français, une union cosmopolite de « montagnophiles », qui une fois la course lancée, mettent de côté leurs différences pour devenir une seule équipe. Des souvenirs pour la vie, et la confession d’Ola sur la folie du Grand Mont, les plus belles émotions de sa carrière de compétiteur. Venant d’un ex-fondeur ayant couru en coupe du monde devant 50 000 supporters à Oslo-Holmenkollen, le compliment est d’or ! Cette année encore, on entendra encore les «Heia Ola » (allez Ola !) sur les pentes Beaufortaines. Et sans nul doute, si l’on partage son dossard avec son co-équipier, on partage son coeur avec la Pierra Menta… !
La Pierra Menta vue par Denis Delobel, skieur amateur, parisien et 2 e de la Pierra Menta 2008 avec Ambrose Manus (guide haute montagne).
Il y a quelques années, je fais un pari fou avec GrégoryGachet : « si tu gagnes la PierraMenta, je la cours à mon tour, moi, le Parisien. » Le pari lancé est réfléchi. Citadin mais spectateur passionné de la Pierra Menta, j’ai toujours encouragé les coureurs au sommet du Grand Mont. Ces athlètes qui franchissent cette arène spectaculaire en lévitation m’ont toujours donné la chair de poule. J’ai toujours voulu être un de ces coureurs. En 2007, Grégory, membre de l’équipe de France de ski-alpinisme, est sur le podium… Je vis à Paris et chez moi, les montagnes sont en photos dans ma chambre. Dès l’été 2007, j’adapte l’entraînement à ma vie parisienne : vélo home-trainer des heures durant avec vue sur la tour Eiffel, jogging sur les quais de Seine, dans le bois de Boulogne et dans les parcs de la capitale. Ici, à défaut de montagnards et d’alpinistes, je croise des hommes en costard cravate et des parisiennes à la mode. Un sacré décalage mais je m’accroche à mon rêve et mes envies. L’hiver, je rejoins le Beaufortain, un weekend sur deux et pendant les vacances.
Jeudi 13 mars 2008 : je suis au départ de la 23e Pierra Menta avec mon coéquipier. Une pensée m’obsède : je veux être respectueux et à la hauteur de cette course sublime.
la 2e journée est physiquement douloureuse et techniquement difficile. L’étape est un vrai chemin de croix et j’hérite de grosses ampoules sur les talons. Je garde la foi pour le lendemain…
le 3e jour, c’est la mythique étape du Grand Mont. Il fait beau, la famille et les amis sont là. J’ai le trouillomètre à 0.
Au premier col, il y a des spectateurs… J’aurais pu être parmi eux, mais non, cette fois je cours, moi le Parisien, avec mes skis tout neufs et derrière mon binôme…L’émotion, l’ambiance et l’ambition que je porte sont si fortes que je me retiens pour ne pas pleurer…
Pendant la descente, je pleure toutes les larmes de mon corps, mais je suis enfin détendu.
Nous attaquons enfin le Grand Mont. Les coureurs s’étalent le long des 300 mètres de dénivelé. Devant moi, Ambrose monte et me rassure…
Où suis-je, moi, le Parisien qui a le vertige ? Sur le passage le plus emblématique des courses de skis de montagne. 50 mètres avant le sommet, l’arête est vertigineuse, la tension est palpable et j’ai le vertige. Je pose mes genoux à terre pour me rassurer, Ambrose me lance : « debout, on dirait un Parisien ! »
Enfin, nous arrivons au sommet du Grand Mont. Cela devait être l’apothéose mais je rejoins simplement Ambrose qui m’attend.
Je mets mes skis, enlève mes peaux, lance un regard à ma femme et je m’élance vers la ligne d’arrivée.
J’ai tout simplement oublié de savourer ce moment. Est-ce la peur d’accomplir un rêve… ?
le 4e jour, dans l’aire d’arrivée, nous sommes heureux d’avoir terminé l’une des courses les plus dures au monde. Nous sommes classés 2 e. Une nouvelle idée me vient alors en tête : recommencer pour vivre ce moment oublié au sommet du Grand Mont.
Cette année encore, nous serons au départ de cette merveilleuse course sportive et humaine : la Pierra Menta.
la Pierra Menta, une course de ski-alPinisMe légendaire
la plus célèbre : 24 ans d’existence.
la plus longue : 0 000 m de dénivelé positif et quatre jours de courses.
la plus festive : des milliers de spectateurs encouragent les équipes, même au sommet du Grand
Mont en pleine montagne à 2 686 m.
la plus équitable : parité totale du parcours et des primes pour les hommes et les femmes !
la plus internationale : toute l’Europe des montagnes est présente.
|