13e PATROUILLE DES GLACIERS
La PDG va bientôt voir ses fidèles patrouilleurs entrer dans sa procession. Morceau de bravoure, le mythe valaisan ne se conquiert que par l'acceptation de la souffrance. Rallier Verbier depuis Arolla et encore davantage Zermatt, c'est oser plonger au coeur de sa sueur, là où tout s'entrechoque, là où votre coeur rugit dans l'effort. Jeudi au petit matin, ils seront déjà des centaines à se lancer sur le petit parcours (n.d.l.r.: 26 km pour 53 km effort) et le grand parcours (n.d.l.r.: 53 km pour 110 km effort), avant un deuxième passage prévu samedi. Sur deux jours et en quatre courses, des milliers d'histoires s'écriront sur la trace. Sport d'extérieur, le ski-alpinisme se mue en aventure intérieure sur la PDG où, plus que partout ailleurs, il faut savoir gérer la distance. Tous les deux ans, l'épopée requiert le don de soi...
Avancer en gestionnaire
Pour le Valaisan Florent Troillet, récent vainqueur de la Pierra Menta, une autre course de légende de la discipline, la Patrouille des glaciers est une épreuve hors normes. «Ce n'est pas du tout le même effort à gérer que sur la Pierra Menta où c'est chaque jour très intensif avec des étapes où il faut être à 100% tout le temps. La PDG est une course de longue distance où il faut savoir garder des réserves pour accélérer sur la deuxième partie du parcours.» Avancer en gestionnaire est une première garantie de succès sur la PDG. Ces fameuses «réserves», il faut pouvoir les jauger en permanence si l'on veut éviter le coup de barre fatal. Etre à l'écoute de son corps devient alors primordial. «Quand tu es en surrégime, tu le sens tout de suite... Le corps nous donne des signes. C'est difficile à exprimer avec des mots, c'est une question de feeling. Tu dois toujours avoir la sensation de pouvoir encore accélérer, sinon ça veut dire que tu es déjà dans le rouge...», explique Florent Troillet. La Genevoise Séverine Pont-Combe, qui fait partie des favorites cette année sur le grand parcours de la PDG en compagnie de ses coéquipières Nathalie Etzensperger et Gabrielle Magnenat, est du même avis que le Bagnard. La Patrouille des glaciers ne ressemble à aucune autre course et seule la régularité paie entre Zermatt et Verbier. «A la PDG, il faut composer avec le froid, la nuit, l'altitude et un effort de longue durée. Il faut avoir un bon rythme. Je pense aussi que le mental a une grande importance. Quand ça devient plus dur, il faut passer par-dessus, penser à l'après... Personnellement, je rêve toujours du Rivella et des frites d'après-course (rires)...»
Evaluer sa «zone rouge»
Si l'exercice d'introspection est aisé pour un athlète de haut niveau, il est plus ardu pour le populaire. Florent Troillet et Séverine Pont-Combe font partie des «grandes fortunes du dénivelé» (n.d.l.r.: environ 200 000 m par saison pour le Bagnard, en comptabilisant exclusivement la randonnée à skis) et leurs corps sont nantis d'une mémoire grand format pour les aider à gérer leur effort. Pour le peloton des anonymes, le «moteur» délivre moins d'informations.
Manu Praz, maître de sport et entraîneur diplômé Swiss Olympic, distille ses conseils en matière de gestion de l'effort depuis presque dix ans au Centre sport et santé de la clinique romande SuvaCare à Sion. Il fait clairement la différence entre l'athlète de haut niveau et le populaire. «Pour des athlète très expérimentés, c'est facile. Ils se connaissent quasiment par coeur. Mais pour quelqu'un qui est moins habitué à répéter des efforts aussi longs, c'est plus difficile au niveau du ressenti.» Manu Praz utilise une échelle de sensation subjective dans la batterie de conseils qu'il fournit aux nombreux sportifs amateurs qui viennent le consulter. «On utilise «l'échelle de Borg» qui gradue l'effort de 6 à 20 (n.d.l.r.: d'un effort minimal à un effort maximal). En plein effort, une personne doit pouvoir se situer sur cette échelle. Lorsqu'on se situe autour de 16, on peut dire que l'on est déjà dans sa zone rouge...», explique-t-il.
Le but final de cette gestion permanente de l'effort est d'éviter le coup de barre qui «flingue» souvent de nombreux concurrents sur des épreuves longue distance. Et une fois qu'il n'y a plus de carburant dans le réservoir, il est souvent déjà trop tard... «Ce phénomène est lié à la dépense des réserves d'énergie contenues dans notre corps. Pour schématiser, nous avons deux sources d'énergie: la filière des graisses, quasiment inépuisable et celle du glycogène musculaire (n.d.l.r.: sucre du muscle), l'apport d'énergie numéro un lors d'un effort intensif, brûlé très rapidement. Si l'athlète n'arrive pas à retrouver de nouvelles réserves en glycogène, il doit automatiquement ralentir.» Le seul moyen de freiner cette combustion ultrarapide du «sacro-saint» glycogène est de s'alimenter et boire régulièrement (voir encadré). «Les réserves de glycogène diminueront moins vite mais il y a un temps de latence pour refaire le stock. Il faut compter entre trente-six et quarante-huit heures. Ce n'est malheureusement pas comme à la station-service mais des ravitaillements réguliers pendant la course permettent de ralentir le phénomène», détaille encore Manu Praz.
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