La nouvelle expé des frères Pou dans les Dolomites
Ecrit par Eneko et Iket POU- Feldkirch, Autriche, le 7 septembre 2010
« Après avoir gravit Orbayu en 2009 et continué notre ascension d’un mur de 8c+/9 , la paroi de Picu Urrielu (Naranjo de Bulnes) s’annonçait comme une des plus difficiles du monde !
Cet été, nous voulions nous attaquer aux trois voies les plus coriaces et emblématiques des Alpes. Durant les quatre mois de notre excursion, on a aussi eu la chance de se rendre ensemble avec les premières personnes à avoir ouvert ces voies, des hommes d’expérience …
L’ascension de ces trois voies était aussi un moyen pour nous de reconnaitre l’importance de ces trois maîtres, qui même aujourd’hui continuent à marquer l’histoire.
“SOLO PER VECCHI GUIERRIERI” - The belluno dolomites -Italy
Les Dolomites font partie des montagnes les plus attrayantes d’Europe et surement les plus importantes en termes d’ascension. Nous ne les connaissions pas mais cette année nous nous en sommes sentis capables.
Notre rêve se réalisait.
« Solo per Vecchi Guierrieri » (8c+/150 m) est l’une des voies les plus emblématiques des Alpes. Pour sa difficulté, mais aussi par celui qui a ouvert cette voie : Manolo Zanolla. C’est une légende vivante aux histoires dures et des montées vertigineuses. Il fut le premier européen à obtenirle premier échelon 8 sur le vieux continent avec « Il Mattino dei Maghi » ; Il gravit « Solo per Vecchi Guierrieri » pour célébrer ses 50 ans, et il obtint l’échelon 9 à l’âge de 53 ans. Apprendre à connaître Manolo et discuter de nos ascensions avec lui a été un des meilleurs moments de l’été.
La voie parcoure les Dolomites, le village de Feltre est à ses pieds. Il y a quatre parois et sa roche calcaire est parfaitement verticale.
Nous nous y sommes installés trois jours et demi. Il plut presque tous les jours, mais nous gardons de très bons souvenirs de chaque voie.
“PAN AROMA” - THE BELLUNO DOLOMITES-ITALY
Les Dolomites ont vite gagné notre respect. Notre objectif en valait la peine, il était le suivant : l’ascension des trois pics du Lavaredo : le Tre Cime Di Lavaredo. L’une des ascensions la plus grandiose d’Europe, celle où Cassin, Comicci and co ouvrirent quelques unes des voies les plus vertigineuses durant l’âge d’or de l’alpinisme.
Encore aujourd’hui, de nouvelles voies continuent d’être découvertes. Les dernières en date sont celles d’Alexandre Huber : « Bellavista » puis « Pan Aroma ». Les deux voies traversent le plus gros ravin jamais rencontré sur une façade. Alors que « Solo Per Vecchi Guierrieri » est une voie avec une roche parfaitement verticale, « Pan Aroma » était pleine de ravins et de roches rudes. Ils avaient tous les deux le même niveau de difficulté, mais avec un style totalement différent.
« Pan Aroma » (8c/500m) est considéré comme la voie la plus difficile dans son genre en Europe, ce fut notre défi de l’été.
Les parties les plus difficiles furent les deux terrains 8b+ et 8c. Mais les cinq premieres n’étaient pas non plus une partie de rigolade, presque tout l’échelon 7 était une surface brisée et fermée ou l’espace laissé pour « les ongles » était ridicule !
On fit la montée assez rapidement : trois jours sur la voie qui se terminait au septième niveau, et un jour de plus pour atteindre la voie Cassin. Une fois arrivés là-haut, une tempête éclata, nous avons alors décidé de bivouaquer dans le col de Cassin. Après une nuit difficile, nous avons repris l’ascension le matin et atteint le sommet en trois heures.
D’ici, nous nous sommes rendus dans un village proche de Munich. Nous devions y rencontrer Alexandre Huber, le premier à avoir ouvert « Pan Aroma » afin de discuter de nos futures ascensions et de partager nos expériences. Les frères Huber ont été le point de référence de notre carrière de grimpeurs. Quand on ne savait pas quelle voie explorer, on essayait de refaire une de leurs voies, parce qu’on savait qu’elles seraient difficiles et magnifiques à la fois.
ZAHIR - OBERLAND BERNES-SUIZA
La troisième étape de notre projet nous amena en Suisse, et notamment à Wendenstock dans le Bernese Oberland. Ce n’était pas la première fois que nous grimpions dans ce pays. Nous avions déjà tenté « Zahir » (8b+/300 m) durant l’été 2007. A cette époque, c’était un exercice de reconnaissance pour décider ou non si cette voie pouvait nous convenir (c’est une tactique que nous utilisons très souvent).Nous étions enfin prêts pour ce nouveau projet.
Le problème avec la Suisse, ce sont les conditions climatiques. Le temps est habituellement très incertain, les voies sont facilement humides et leur accès est souvent long…
Cette année, nous atteignîmes « Zahir » mi-août, trop tôt pour prendre la paroi côté sud avec sa roche calcaire et ses pointes dans le style de la région Etxauri.
Pour nous, tout allait de travers : au cours des vingt jours, la température atteignit 33°C, nous avons eu 7 jours de pluie en continu et 30 cm de neige. Dans ces conditions il était impossible de tester la voie.
Au final, quatre jours entiers sur les vingt furent nécessaires pour parcourir la chaîne du « Zahir ». Nous étions tellement désespérés que nous nous demandions le reste du temps si nous n’allions pas grimper le Chironico en Italie.
La voie est très technique et dangereusement verticale. Sur chaque paroi, les prises étaient installées à plusieurs mètres d’écart et nous étions toujours très exposés à un risque de chute. Les grimpeurs – pionniers ont investis six années d’effort s.
Une fois l’expédition terminée, nous nous rendîmes au village autrichien de Felkirch. Nous n’avons pas rencontré la première personne à avoir ouvert « Zahir ». Nous nous sommes entretenus avec Beat Kammerlander (Autriche), l’un des plus grand grimpeurs des années 90, la personne la plus indiquée pour parler de cette voie. Ce grimpeur a laissé ses marques dans l’histoire en ouvrant des voies extraordinaires. Amis depuis que nous avons grimpé « Silbergeier » en 2002 avons passé la nuit à échanger sur nos expériences sur Wendestock.
Cette trilogie alpine était une magnifique expérience pleine de rebondissements. Elle nous aura également permis de partager des bons moments avec trois géants du monde de la grimpe : Manolo, Alex et Beat »
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