Stage ''Grandes Courses'' - Equipe espoirs Alpinisme Pyrénées
L’équipe Espoirs Alpinisme FFME des Pyrénées s’est réunie du 23 au 27 Juin. Romain Pierre, Carlos Carames, Jules Doumas, Pierre Chaleyer, Damien Lacaze-Labadie étaient présents, encadrés par Romain Wagner (Guide de Haute-montagne) et Sébastien Galisson (Instructeur Alpinisme FFME).
Guillaume Mauss n’a pas pu se joindre à nous. Ce rassemblement est le dernier de cette équipe (fin du cycle de 2 ans), le but est de réaliser des « grandes courses alpines ».
Acclimatiation
Initialement prévu à Chamonix, le stage a eu lieu dans le Massif des Ecrins en raison des conditions en montagne (beaucoup de neige accumulée au cours des dernières semaines). Arrivés quelques jours auparavant, Jules et Pierre sont montés s’acclimater au Pic de Neige Cordier (3614m, VN, F), avant de tenter la voie du Vieux Piton à la Pointe des Cinéastes (3203m, TD). Mauvaise intuition à l’attaque, ils ont gravi un itinéraire « original » à la montée avant de galérer un peu à la descente, bienvenue en Oisans ! De leur côté, Romain (P) et Sébastien sont montés au Promontoire par les Enfetchores et la brèche de la Meije (3357m) avant de gravir le Couloir en Z (D+) en face Nord de la Meije.
Echauffement
Dimanche 22, les jeunes finissent de s’échauffer au-dessus du camping d’Ailefroide après une fête de la musique bien (trop ?) arrosée : Jules/Pierre dans Snoopy (TD-) et Damien/Carlos dans la grande fissure humide (D). Le soir, tout le monde est réuni, on commence à échafauder les plans dans les topos (100 + belles, Labande, Cambon…) avant de choisir une course ni trop longue ni trop dure pour se mettre en jambe (Arête Sud du Petit Pelvoux, 3751m, D), une voie mixte alliant recherche d’itinéraire, passages en neige et en rochers …
Couennes
Lundi matin, on fait des couennes à gauche de la Fissure d’Ailefroide (voies de 6a à 7b+) avant de préparer les sacs. Romain W rappelle à chacun les techniques d’encordement (longueurs variables en fonction du terrain, anneaux de bustes…) ainsi que les principes de sécurité sur glacier (réserve de corde, matériel personnel indispensable…). En fin d’après-midi on monte au refuge du Pelvoux où l’accueil est vraiment nul. Séance de cartographie/orientation avant la course du lendemain.
Le Pelvoux
Mardi, réveil à 3h, il nous faut 2h pour rejoindre le pied de l’arête. Il s’agit plutôt d’un vaste pilier encombré de gendarmes, brèches et piliers. Les 3 cordées progressent au mieux, reconnaissant plus ou moins l’itinéraire décrit dans les topos. Très belle ambiance et vue imprenable sur les séracs du glacier du Pelvoux dans le 2ème pilier avec une longueur d’escalade magnifique. Passages « corde tendue » sur du rocher assez péteux, voie intéressante (jadis « classique », aujourd’hui moins parcourue) qui ne restera pas les annales.
Tout le monde se retrouve au sommet sous un soleil magnifique. On redescend par la traversée du Pelvoux (glacier des Violettes, rappels, névé Pelissier, vires d’Ailefroide). Au total ça fait une bonne journée pour commencer le séjour.
Les Grandes Courses
Mercredi matin, on se plonge dans les topos. 2 groupes se forment. Pierre, Romain P et Sébastien choisissent le Pilier Sud des Ecrins (TD), une voie « mythique » de 1300m. Carlos, Jules, Damien et Romain W font équipe dans le Pilier Sud de Barre Noire (TD/TD+ selon la sortie, 450m). Le descriptif de ces 2 voies est assez élogieux (itinéraires historiques, rocher de qualité honorable, beaux passages d’escalade, ascension dans un cadre fabuleux, arrivée sur des sommets prestigieux) et figurent dans les « 100 plus belles des Ecrins » (de Gaston Rebuffat). On recopie consciencieusement les topos sur des feuilles volantes pour limiter le poids des sacs. En fin d’après-midi, départ du Pré de Mme Carle (1750m) pour rejoindre les Balmes de François Blanc (2400m) en haut de la moraine du Glacier Noir. Cadre majestueux, on admire les faces Nord du Pelvoux, du Coup de Sabre, de l’Ailefroide traversées par des voies de grande ampleur, l’occasion peut-être de futures aventures. Bivouac très confortable (abris de pierre, ruisseau à proximité), chamois et marmottes abondent, le moral et la météo sont au beau fixe. Nuit un peu dure pour certains, on a prévu un minimum de matériel de bivouac pour alléger les sacs. Jeudi, réveil 2h30, le groupe se scinde en 2, début des hostilités.
Le Pilier Sud de Barre Noire
Ceux de Barre Noire ont 900m d’approche. Dés 3000m ils commencent à grimper (le topo indique 3300m pour l’attaque…). Les longueurs s’enchaînent dans du rocher très moyen (blocs instables) avec une succession de vires et de passages très raides difficilement protégeables. Rapidement ils rangent le topo (descriptif fantaisiste) et progressent au mieux dans un pilier beaucoup plus dur que prévu (dévers, mouvements de 6a/6b en « grosses » avec sac de bivouac !). Quelques pitons en place, ils semblent donc être dans la voie mais se font de belles frayeurs et explosent l’horaire : 13h et 750m d’escalade pour rejoindre le sommet (pour 6h /450m annoncés). Contents d’être sortis de ce guêpier, ils se demandent comment ce Pilier Sud peut bien figurer dans les « must » du secteur ! Descente jusqu’à la Brèche des Ecrins puis par le Couloir de Barre Noire (coté AD+ à la montée !), il leur faut encore longer tout le Glacier Blanc pour rejoindre le parking vers minuit. Une grosse bambée !
Pilier Sud des Ecrins
Ceux des Ecrins rejoignent l’attaque en 1h30 (2800m, au pied du Couloir des Avalanches). Quelques longueurs faciles (III) pour commencer cette impressionnante muraille. Des relais attestent que l’on se trouve au bon endroit. Après 2h d’ascension, le topo indique de suivre des vagues vires / cheminées / dièdres / fissures ascendantes vers la droite. On est un peu perdu au milieu de ce capharnaüm, on croit reconnaître le passage, cherchant désespérément la « gorge profonde » sur la droite. Après quelques longueurs engagées (rochers péteux, protections aléatoires) et un névé très raide à gravir, il devient clair que l’on s’est fourvoyé. On ne se voit pas redescendre par là où on est monté, les choses sont mal engagées. On se maudit de ne pas avoir emporté le topo « Labande » qui décrit tous les itinéraires de la face, avec des photos qui seraient bien utiles. Bien malgré nous, on se retrouve dans la peau des « découvreurs » partant à l’aventure dans des itinéraires vierges. Au mieux, on suit des vires ascendantes. Pendant plusieurs longueurs pénibles, on est soumis à un véritable bombardement, les pavasses pleuvent. On essaie de se protéger tant bien que mal aux relais, c’est la roulette russe. La tension monte, le moral baisse. On finit par buter contre un passage très raide. Relais suspendu, longueur dure et expo avant de traverser en direction d’une arête bien marquée.
Gros soulagement et passages plus faciles avant de rejoindre une pente de neige cornichée. On aperçoit nos amis dans Barre Noire. Vue l’heure avancée (17h), ils ne semblent pas être mieux lotis que nous ! On change devant pour alterner phases de « terreur » (en tête) et moments avec moins de tension (en 2nd). Finalement, c’est bien d’être 3 par cordée dans ce genre d’ascensions ! On croise 2 pitons sur toute la face, souvenirs de passages précédents, ça nous rassure un peu. Encore des vires/cheminées, des névés suspendus, l’heure passe, le jour tombe… A 22h nous sommes encore assez éloignés de la crête sommitale. Vue la qualité du rocher, on se voit mal terminer à la frontale. On se résout donc à bivouaquer dans la paroi. Le portable ne passe pas, on ne peut pas prévenir nos amis que « tout va bien ». Mini-vires, relais béton avec ce qui nous reste de pitons/friends, on s’assoit, on attache tout, on sort nos affaires de bivouac avant de grignoter un morceau. Plus d’eau, pas de neige à faire fondre, il fait soif... A minuit, on a fini de manger, les étoiles brillent, le spectacle est féerique. On somnole plus qu’on ne dort jusqu’à l’aube. Dés que le soleil se lève, on repart à l’attaque pour finir les 3 longueurs raides qui nous dominent. A 8h30, on débouche vers 3850m sur l’arête Nord-Est des Ecrins, ça fait 30h qu’on est partis du 1er bivouac …
Au final, beaucoup de stress, du rocher mauvais, peu de belle escalade et une très forte exposition aux chutes de pierres. La grande aventure ! On renonce au sommet (la fatigue, la soif, et surtout il faut rassurer nos amis sur notre sort), descente par la VN des Ecrins. On retrouve les autres vers 13h30 au camping d’Ailefroide. Romain W, inquiet de ne pas nous voir au matin, avait déjà appelé le PGHM de Briançon qui avait prévu de décoller vers 14h, au cas où …
On se raconte nos ascensions respectives, nos impressions sur ces parois délitées, c’est assez excitant. A posteriori on revit ces itinéraires pleins d’émotions. Le groupe « Ecrins » se demande s’il n’a pas ouvert une nouvelle voie en se trompant magistralement d’itinéraire: départ dans le Pilier Sud (itinéraire #343 du Labande), avant de bifurquer vers la droite dans le socle de l’Arête Rouge (#344.1, voie Toumayeff-Vernet) puis cheminement inédit (?) en dessous la Voie Diagonale (#347.2). Fin de la paroi par un bout de la Voie originale Vernet (#349) et sortie directe à gauche de la brèche bordant la Voie de la Tour Ocre (#350). Ces itinéraires sont décrits comme étant longs, exposés aux chutes de pierres, avec du rocher médiocre voire mauvais, des passages pénibles et délicats, très peu parcourus (ils sont souvent le fruit d’erreurs et sont à déconseiller !).
Tous ensemble, on fait un bilan de ces 2 années au sein de l’équipe FFME des Pyrénées (régions Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Aquitaine). Chacun donne ses impressions sur ce qu’il a vécu, ce qu’il a appris… Tous sont ravis d’avoir pu pratiquer l’alpinisme avec des jeunes de leur âge, d’avoir progressé en technicité et en sécurité. Ils mettent en avant la difficulté de se voir régulièrement hors du cadre des stages en raison de la dispersion géographique (de Pau à Montpellier pour les extrêmes), et auraient souhaité avoir quelques journées supplémentaires en plus des 20 jours proposés par la FFME pour profiter pleinement des sites éloignés, en Espagne notamment (Villanova de Meia, Cienfuens). Le Comité Sportif Alpinisme FFME de Midi-Pyrénées qui gère cette équipe prendra en compte ces remarques pour la prochaine promotion dont les sélections auront lieu fin 2008 / début 2009. Les 5 jeunes présents à ce stage final (sur les 7 initialement sélectionnés) ont tous validé les passeports Alpinisme Vert et Bleu. Ceux qui le souhaitent peuvent maintenant se présenter au stage final d’Initiateur Alpinisme FFME pour progresser au sein de la fédération et encadrer au sein de leur club.
Vendredi après-midi, Jules/Pierre prennent la route du retour, les autres se rendent à Ceüse pour une journée de récupération active (grimpe & rigolade) avant de conclure festivement ce stage et cette promotion pyrénéenne à la Leffe et au Balladin gapençais jusqu'à l'aube.
Bravo à tous pour les voies réalisées dans la bonne humeur lors de ce rassemblement ainsi que dans tous les stages précédents. Rendez-vous au pied des falaises/parois pour d’autres aventures !!!
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